août approchait
Le week-end s'étirait, sans forme définie. Nos yeux mi-clos peinaient à choisir dans quel sens mouvoir les paupières. Le soleil indécis jouait les invités mystères. Je posais des questions dont les réponses fuyaient nos bouches. J'alignais des phrases aux constructions déconcertantes de simplicité. Je ponctuais, aussi, et de la sorte j'étais syntaxiquement proche de la perfection. J'absorbais l'alcool et inhalais le reste, dans des proportions devenues raisonnables. J'entrecoupais d'eau et refusais les cigarettes. Au réveil, ma tête n'était pas lourde, mon corps était reposé, mon désir rassasié. Je prenais de longues douches trop chaudes qui laissaient un temps des plaques rouges sur mes bras.
L'immeuble bruissait de toute part. D'éclats de voix. De disputes. De réconciliations. De tuyauteries encombrées. De radios grésillantes. De télévisions meuglantes. De pas dans les escaliers. D'allées et venues dans la cour. J'entendais chaque appartement respirer en rythme, les fenêtres claquer d'un coup de vent à l'autre. J'allais du lit au bureau en soupirant, l'esprit vide, ma volonté en déroute. Je questionnais de façon cyclique mes nouvelles orientations, les choix qui venaient d'être faits les semaines passées. Je les mettais en doute, puis je les adoptais encore, sûr de chaque décision, avant de faire à nouveau une moue dubitative. Je disais aussi que l'écriture m'avait déserté sans dire ni si, ni quand elle reviendrait. J'envisageais de faire croire que c'était moi qui l'avait chassée, pour dissiper l'humiliation d'être l'abandonné à l'autel.
Je voulais être chez moi plutôt qu'ici, mais ne pouvais décider de la fin des travaux. Alors je voulais la mer aussi, quelques jours, et commencer déjà mes très grands congés d'été. Je souhaitais cette indolence là, être dans le Paris abandonné du mois d'août, frotter mes pieds nus dans l'herbe chaude des parcs. Aller dans les piscines désertes du matin, rentrer m'allonger, dormir une heure de plus et faire l'amour au réveil. Et laisser ainsi passer les semaines.
Le week-end qui n'en finissait plus avait déjà la forme des vacances, mais je ne l'ai compris qu'au dernier soir. Et je regrettais aussitôt de l'avoir perdu à lui chercher un sens, quand il n'y avait qu'à le laisser dessiner la route devant moi. Je me promettais d'être plus accueillant la semaine suivante, quand j'aurai quitté le travail pour un temps immense et qu'il m'attendra sur le quai du métro. Nous rentrerons ensemble, et je saurai qui il est, et je sourirai d'aise.
(14.07.08)