A la fin je me dis que tout ça n'avait pas une si grande importance. Et que j'aime, sans doute, passer les derniers jours de ces vacances amorphes seul dans l'appartement. Et le nettoyer, sans fin, sans relâche, sans répit. Parce que depuis qu'on nous l'a rendu, remis à presque neuf, ma névrose ménagère est à son apothéose. Je m'arme de gants roses, d'éponges épaisses et de produits aussi abrasifs que variés, j'attaque la salle de bain, le miroir, les vitres, j'huile les tomettes, j'éradique la trace de calcaire sur l'évier en inox et je désinfecte le frigo.

Je m'étais juré que cette enfilade de jours, à défaut de partir loin et longtemps puisque c'était financièrement impossible, serait consacrée à des tâches nobles pour mon esprit. Et aussi, mais je m'étais bien gardé de le dire trop haut, à une reprise en main énergique de mon corps qui s'alourdit, en douceur mais avec opiniâtreté, depuis qu'il ne se consume plus dans le tabac.

Au lieu de cela, j'ai baillé sans bruit, j'ai laissé mes yeux se cerner et l'ennui m'envahir. Et ces congés, si longs et si immobiles, m'ont rendu à moitié fou. Alors je me suis évadé dans la traque interminable du grain de poussière pour rester éveillé tout en justifiant ma léthargie, comme si je pouvais dissoudre ma mauvaise conscience, ma paresse et mes lipides dans le saint-marc.

C'est, bien sûr, d'une parfaite inefficacité dans chacun de ces domaines. Et je baille à nouveau, mais je sais que finalement, ça avait du sens, et de l'importance, et que je ne purifie pas les lieux juste pour éviter la syncope. Une fois la chose acquise et comprise, j'épargne pour le moment le débris de pain échoué sur le bord du plan de travail, je lui laisse vivre sa vie de miette quelques heures de plus. Ainsi que l'on pouvait s'y attendre, aucun cataclysme ne s'ensuit, aucune pluie de grenouilles ne tombe du ciel, Paris n'est pas déchiré par un séisme et moi-même je suis étrangement plus serein.

(24.08.08)