à marée haute
On descendait par les rochers, avec une précision qui m'échappe encore aujourd'hui. On savait où poser chaque main, chaque pied, et quel caillou choisir en suivant. On descendait sans jamais tomber ou se faire mal, pas d'écorchure, pas même une égratignure. Ou alors j'ai oublié, pour ne garder de nous que cette idée de nos corps légers qui dévalaient la pente avec l'agilité de petits singes. Et nos mains s'accrochaient rapidement d'une arête à l'autre, et nos pieds savaient sans réfléchir trouver les zones plates où reprendre de l'élan. A la fin, on sautait sur le sable, on se débarrassait des serviettes et on courait vers l'eau.
Et quand la mer était montée, elle enveloppait les rochers, parfois jusqu'à mi-hauteur. Il s'agissait de faire plus attention, les vagues fouettaient la pierre et risquaient de nous projeter. On ne finissait pas sur le sable, il fallait passer des cailloux à l'eau sans transition, tremper la jambe au hasard en espérant ne jamais poser le pied trop rudement sur un bord tranchant, tout en vérifiant qu'aucun ressac n'allait nous déséquilibrer. On craignait pour nos têtes, qu'on imaginait très bien se cogner contre un des gros blocs de granit gris. Mais rien de tel ne s'est jamais produit, et notre récompense était grande, d'être quasiment les seuls à connaître le chemin par les rochers et de nous baigner tous les trois sans personne autour, quand la plage un peu plus loin était noire de monde.
(29.04.09)